Impressions au retour de Tunisie J’ai participé à la Rencontre élargie du comité de suivi du Forum Social maghrébin qui s’est déroulée les 22 et 2 3 avril 2011 en Tunisie. Le présent papier n’est ni un rapport ni une présentation ni même un résumé des travaux réalisés durant six jours en Tunisie. C’est d’abord un essai de fixer rapidement et à chaud les principales impressions vécues durant ces six jours, sachant que ces impressions étaient guidées par une réflexion de comparaison avec le mouvement du 20 février au Maroc Le Sud-ouest Tunisien Durant deux journées précédent la rencontre, nous, soixante-deux participants (dont vingt-deux marocains venus du Maroc et d’Europe), nous avons visité des villes du centre-ouest tunisien à proximité des frontières avec l’Algérie. C’est une zone semi désertique malgré la richesse du pays en puis de pétrole, mines de phosphate et en eau (des barrages et importante nappe phréatique dont l’eau est drainée vers les zones côtières. La population est très pauvre. Dans les campagnes, sauf exceptionnellement les années où la pluie tombe suffisamment, il n’y a que l’alfa à couper transporter et vendre à un dinar (environ 6 dirhams ou 0,5 euro) la tonne. C’est de là qu’a débuté la révolution tunisienne. Dans trois villes • A Rdeyef (capitale du bassin minier) nous avons été présentés aux ouvriers et des jeunes venus pour manifester, mais qui à causes des mauvaises conditions climatiques ont tenus leur manif dans une grande salle. Malgré l’exigüité du local c’était une vraie manif avec des allocutions des organisateurs et une intervention du comité de suivi du Fsmagh. • A Kasserine nous avons eu droit a des explications sur la révolution de la part des syndicats, des avocats et autres structures de la société civile locale • A Gafsa en nous rendons au tribunal pour signifier notre solidarité avec les mineurs nous avons constaté à différents endroits des travailleurs et employés manifestant devant les bureaux des établissements qui les emploient. Remarque et/ou impression : Forte présence des organisations de la société civile et mobilisation des travailleurs (A Rdeyef, les mineurs ont mené de grande luttes depuis 2008). Tous les intervenants renvoient au rôle des jeunes, des femmes et des chômeurs dans la révolution tunisienne. Cependant aucune structure ne représente ces catégories d’acteurs de la révolution. Dans trois autres villes • A Thala (petite ville de campagne) nous avons rencontré les habitants d’un quartier où ont tété les premiers manifestants. • A Feryane (localité de campagne aux maisons dispersées) Les habitants (des paysans) nous ont expliqué comment ils conçoivent le développement de leur zone (des infrastructures pour l’irrigation des terres) • A Sidi Bouzid (ville moyenne) nous avons rencontré les jeunes sur le lieu où El Bouazizi s’est donné la mort Remarque et/ou impression : Dans ces trois endroits les populations, surtout des jeunes, que nous avons rencontrés nous ont mal accueilli avec une sorte de défiance et de boycott (surtout de la part des jeunes. Il a fallu expliquer que nous n’étions pas des touristes venus les prendre en photo, ni des représentants des partis politiques ou du gouvernement tunisien. Les gens considèrent que ce qui se trame à Tunis (au niveau du gouvernement, des partis politiques et de la commission chargé de préserver les acquis de la révolution) ne prends pas en compte leurs besoins ; n’attendent pas d’assistanat, mais la prise en charge des blessés, du travail et le développement économique de leurs zones. On sent qu’il n’y a pas de leadership, aucune structure.. A Sidi Bouzid la photo de Bouazizi accroché comme celles d’autres victimes dans le boulevard a été décroché par les jeunes pour selon eux dénoncer l’opportunisme de sa famille. Selon d’autres sources, c’est la police politique qui alimente des rumeurs afin de diviser la population, ainsi une absence de la mère de bouazizi de quinze jours a été interprétée comme un changement de lieu de résidence en contre partie d’une grande somme d’argent. Au retour du Sud-ouest : Deux journées d’étude à Hammamet (pas loin de la capitale) • Au cours de deux journées d’étude (rencontre élargie du comité de suivi du Fsmagh) 87 participants dont vingt femmes et venant de 16 pays) ont échangé autour des problématiques liées au mouvement des sociétés du sud de la méditerranée Remarque et/ou impression : Absence de représentativité des jeunes, des femmes, des chômeurs … acteurs de la révolution. J’entends par absence celle de représentants autonomes de ces couches. L’équivalent par exemple des coordinations des jeunes du 20 février au Maroc. Cette remarque, faite en plénière et dans l’atelier sur « les défis politiques face aux révolutions du monde arabe », n’a pas reçue de réponse de la part de nos amis tunisien. Cependant un intervenant égyptien a relevé le que le principal constat pour le mouvement des manifestants en Egypte était l’absence totale d’organisation. Avant le retour au Maroc : A Tunis (la capitale) visite au Palais des Congrès (Conférence du parti : Mouvement des Démocrates Nationalistes. Parti reconnu seulement après le départ de ben Ali) et promenade le long du Boulevard Habib Bourguiba Remarque et/ou impression : Au cours de la conférence du Mouvement des Démocrates Nationalistes j’ai eu à discuter, avec des jeunes chargés d’un stand de distribution de documents du parti, sur la base du constat d’absence de structures représentative du mouvement des jeunes et des femmes et chômeurs. J’ai eu pour réponse que « le parti étant interdit sous l’époque de Ben Ali son action était limitée ». Au cours de déambulations dans le Boulevard Bourguiba et autres artères du centre ville, des groupes de jeunes et moins jeunes ont des discussions très animés sur la révolution tunisienne et certains promettent de reprendre la lutte mais cela donne l’impression d’un essoufflement du mouvement. Enfin l’importance de la présence des blindés et de fils barbelés autour ou prés de toutes les institutions publiques et ambassades (de France, de Lybie…) paraît choquante. Conclusions D’abord un questionnement : L’absence de structures représentative d’un mouvement qui a fait chuter le régime de Ben Ali est pour moi une énigme difficile à résoudre. Je pense que tout mouvement social sécrète ou génère forcément au moins des formes d’organisations spontanées. Ou alors la démobilisation s’est opérée avant que ces formes se soient consolidées. C’est le cas en Tunisie mais aussi en Egypte. Cela nous amène à prévoir que si les ces deux expériences ont été formidables en faisant tomber les symboles de leurs régimes dictatoriaux, en imposant une liberté d’expression totale et de jouer le rôle de déclencheurs pour les révolutions des autres pays du sud de la méditerranée, les changements risquent de se limiter à ces éléments, et qu’avec quelques replâtrages constitutionnels le système demeurera tel quel. Dans ce cadre l’expérience marocaine à la particularité d’avoir été réfléchie avant de démarrer le 20 février à l’échelle de cinquante sept provinces. Elle est portée par un mouvement autonome ou se retrouvent des personnes (particulièrement les jeunes) de courant divers et soutenue par des partis des associations, des comités de soutien et des militants de milieux sociaux différents. Je pense qu’elle peut devenir le modèle pour le passage à une vraie démocratie, même si cela demandera plus de temps. Abdellah Zaâzaâ 27 avril 2011
Derniers Commentaires