Partager l'article ! Evasion de Kénitra: Le tunnel (suite2): L’organisation du travail Nous travaillions en général le soir, vers dix-neuf heures, jusq ...
L’organisation du travail
Nous travaillions en général le soir, vers dix-neuf heures, jusqu’à vingt et une ou vingt-deux heures maximum, c’est-à-dire à des heures où l’on ne risquait pas d’être demandé par l’administration et où la majorité des autres camarades dînaient ou regardaient la télévision. Mais il ne fallait pas non plus travailler tard dans la nuit
La règle générale était d’être un dans la cave pour travailler, un dans la cellule pour -entre autres- surveiller les rondes des gardiens côté chemin de ronde, et le troisième restait à l’extérieur. En cas de nécessité ce dernier devait faire un signal en manipulant le bouton d’éclairage de la cellule à partir de l’extérieur. Celui de permanence se devait de faire la même chose en cas de problème.
Quand cela arrivait, c’est-à-dire que la lumière s’éteignait et se rallumait ou même qu’elle resta éteinte pour de bon, celui qui travaillait au fond cessait immédiatement et remontait l’échelle jusqu’à la trappe sans jamais prendre l’initiative de parler, et attendait les instructions, prêt à replonger ou à évacuer car le signal n’avait lieu qu’en cas de danger, c’était aussi parfois un simple appel pour donner une information ou en solliciter une.
Au cours de l’été 1986, c’est-à-dire quelques six mois après le début des travaux, Driss s’était retiré du projet tout en restant à notre disposition pour un éventuel coup de main. Nous n’étions encore qu’à la moitié des travaux de creusement de la cave. Les déplacements des corbeilles de pierres nécessitaient le travail à deux. Srifi et moi restions alors totalement coupés de l’extérieur. Le travail dans ces conditions était éprouvant pour nos nerfs. Et je m’énervais souvent. Il fallait faire vite et bien. Je n’arrivais pas à me retenir quand j'avais l’impression que Mohamed faisait mal le travail ou qu’il ne comprenait pas ce que je disais ou encore l’exécutait à tort et à travers. Il est tellement difficile de restituer ces moments d’énervement.
Plus tard, au cours de nos discussions, je présentais mes excuses à propos de mes comportements qui me semblaient alors teintés de mépris, essayant d’expliquer que cela est dû en partie au fait qu’étant beaucoup plus fréquemment au fond, tout est agencé selon ma façon de voir et prévoir les choses, et que je ne prends pas le temps d’expliquer ou je veux en arriver. Mohamed me disait alors : " Ecoute, je ne suis pas un enfant de chœur. Pour nos discussions, nos réunions, pour les décisions que nous prenons, là à l’extérieur du trou, la règle c'était et c’est la démocratie. Nous prenons des décisions en commun. Mais il faut que tu saches et c’est vrai que je reconnais que le côté technique constitue l’ossature de notre projet et que là-dessus, je me repose sur toi. D’un autre côté, quand nous sommes au « fond », je suis seulement à ta disposition pour faire ce qui te semble nécessaire. Au fond du trou, tu es le chef. Ce n’est pas une réunion et si tu t’emportes, je suis capable de faire la part des choses".
Un jour, alors que j’étais au fond, la lumière s’éteint et ne revient pas. Je sorts ma tête du trou. Mohamed me transfère sa panique : « Tu fermes, tu te laves et tu me rejoins dans le jardin. Fais vite ».
Pour voir ce qui se passait dans tout le chemin de ronde d’une extrémité à l’autre, Srifi avait sorti un miroir du judas, et il s’était fait surprendre. Un gardien passait par-là en rasant le mur. Mais Mohamed n’avait vu qu’un bout de fusil le frapper violemment à la main au point de lui faire tomber le miroir des mains.
Après réflexion, j’allais au poste de garde dont les fenêtres donnaient en même temps sur le chemin de ronde. Là j’engage une petite conversation avec le gardien en attendant le passage éventuel de l’autre gardien, celui du chemin de ronde. En effet il ne tarda pas à venir et je lui posais la question du miroir. Comme il voulait une explication, je répondis avec l’air un peu gêné (je ne sais pas si je jouais la comédie ou bien c’était la frousse qui me donnait cet air de gêne) que justement je voulais voir si le gardien était une de mes connaissance qui avait l’habitude de me faire des courses.
Tu as besoin de quelque chose ?
Non, merci, aujourd’hui je n’ai besoin de rien. C’était juste pour lui dire bonjour.
Pour quelqu’un qui n’avait pas l’habitude de tenir des conversations avec les gardiens, je m’en étais bien tiré.
Les rats
Le travail d’évacuation de terre devint à un certain moment inquiétant.
Avec nos sacs pleins d’argile (car à partir d’un mètre et demi ce n’était plus du sable mais de l’argile) il fallait grimper sur les corbeilles, retirer une grosse brique et commencer l’évacuation après avoir versé la terre sur une planche légèrement en pente. De l’eau sortant du robinet de la cellule coulait et faisait le reste. Mais la lumière permettait de voir que les parois du caniveau restaient rouges. Une vérification à l’aide du projecteur nous força à constater que les traces d’argile étaient plus qu’apparentes dans le caniveau jusqu'à l’extérieur de la cellule. Or, il y avait juste de l’autre côté du mur une bouche d’accès comme pour toutes les sorties des eaux usées, et cela bien sûr derrière chaque cellule. En cas de problème une vérification montrerait que du sable est évacué de cette cellule.
Un gros tube long de plus de deux mètres qui était l’un des poteaux du filet de volley-ball allait nous tirer d’affaire momentanément. Avec un petit montage, et glissé le long du caniveau, il allait nous permettre d’évacuer notre sable directement dans le collecteur général des eaux usées.
Le terrain côté chemin de ronde connaissant une grande dénivellation, on pouvait voir au niveau des cellules du quartier des condamnés à mort que le caniveau continuait en pente entre la bouche extérieure de chaque cellule et le collecteur général. Srifi trouva le moyen de rapporter des durites de camion coudés selon différents angles, qui nous permirent de parfaire le travail. Notre tuyauterie pouvait ainsi suivre le chemin désigné.
Quelques mois plus tard, je me réveille en sursaut de ma sieste de l’après-midi. Plusieurs personnes parlent à haute voix. J’entends : « Mais c’est complètement bouché et partout ». Mon cœur bat la sérénade. Je monte au judas. Il y a un gardien et plusieurs travailleurs (des « droits communs ») debout autour de la bouche de sortie des eaux usées dont la trappe est enlevée.
Je suis affolé. Ca y est, c’est fini. Je vais prévenir Srifi et nous nous rendons dans la dernière cellule du couloir pour voir ce qui se passe exactement. Il y a un tas de droits communs et quelques gardiens qui discutent ou vont et viennent. Tout le long de notre quartier et de celui des condamnés à mort, il y a des travaux de désensablement. Srifi appelle à haute voix un gardien qu’il connaît. Ce dernier, bien que loin, ne se déplace pas mais est très content d’échanger les salutations avec Mohamed qui finit par lui demander les raisons de ce remue ménage.
Le garde répond : « C’est la première fois de ma vie que je vois ça. Les rats ont fait des trous partout et le sable qu’ils ont gratté s’engouffre dans toutes les canalisations. Ce collecteur est bouché sur soixante mètres».
Après plusieurs jours d’attente, il semble que le risque de découverte de notre projet est écarté. Mais comme il faut continuer, comment faire ?
La seule solution qui nous restait si nous voulions écarter -et il le fallait- l’idée de continuer à évacuer le sable par le même chemin, c’était de le faire via le collecteur de l’autre coté latéral du quartier. C’est-à-dire remonter les sacs de sable sassés dans la cellule, ouvrir cette dernière et les transporter pour les vider dans le trou des chiottes de la cellule d’en face, celle qui me servait de cuisine. Ce choix nous imposait d’autres risques. Le couloir est rarement vide, il y a les camarades, les gardiens…
Il nous fallait aussi espérer que l’autre collecteur ne se bouche pas avant que nous n’en ayons fini avec notre cave. C’était la première fois que je comprenais ce que j’avais déjà lu à propos de l’argile et des eaux souterraines. En effet ces dernières, provenant de la pluie, ne pouvaient pas s’infiltrer profondément sous terre quand elles rencontraient des couches d’argile, car ce dernier devient compact et imperméable au fur et à mesure qu’il s’humidifie. Et donc on retrouve généralement de l’eau là où il y a des couches souterraines d’argile, et de la pluie bien sûr.
Celui auquel nous avions à faire était légèrement humide et nous essayions de l’effriter au maximum en grain d’un centimètre d’épaisseur avant de considérer qu’il était valable pour l’évacuation. Les gros morceaux, nous les stockions comme nous le faisions pour les pierres. Heureusement pour nous, vers trois mètres de profondeur et en particulier du côté donnant sur le chemin de ronde nous commencions à avoir à faire à une autre couche de terre dure et de gros morceaux de pierres.
Notre travail continuait, mais avec les nouvelles données. Il a fallu acheter des couvertures, les couper et coudre des sacs pouvant porter vingt à trente kilos de terre. Puis toutes les semaines environ se mettre à deux, un dans la cellule, l’autre dans la cave, pour remonter quelques fois plus de dix sacs. Srifi s’en allait après et je m’occupais seul de la seconde phase.
Un petit avantage, le couloir est faiblement éclairé sinon pas du tout, car nombreux étaient les camarades qui ne pouvaient dormir dans leurs cellules tant que le moindre rayon de lumière leur parvenait du couloir. Mais cela ne résolvait pas beaucoup les problèmes.
Srifi s’inquiétait et n’en finissait pas de fulminer et de traiter de toutes les manières les camarades connus pour leur grande capacité d’attention et qui risquaient de remarquer que nos activités étaient louches. J’avais l’impression qu’il aurait souhaité qu’ils disparaissent quelques temps. Et c’est vrai qu’il y avait des camarades fantastiques pour remarquer la chose la plus anodine, qui savent toujours qui est chez qui, qui a reçu de la visite, qui est venu à la visite et de raconter cela dans les discussions comme si de telles informations étaient tellement importantes à rapporter.
Pour en revenir à notre couloir, il y avait toujours un camarade ou un autre assis devant une cellule, deux autres qui passaient lentement en discutant. Alors des fois, impatient ou craignant d’attirer l’attention par ma position derrière la porte et mes rapides coups d’œil à droite et à gauche je prenais mon sac à tour de bras et regardant droit devant moi je traversais le couloir moi aussi lentement.
Quand tous les sacs avaient été transférés, je verrouillais la porte grâce à un autre système, puis j’ouvrais l’eau et commençais l’évacuation.
Janvier 1988. Nous prîmes un peu de repos, le temps de réfléchir tranquillement à la seconde phase. Je crois que nous ressentions tous les deux une grande fierté quand nous nous retrouvions ensemble dans cette cave qui malgré ses petites dimensions nous paraissait très spacieuse.
La cave avait les mêmes mensurations que la cellule, deux mètres cinquante de longueur, un soixante de large et quatre mètres de hauteur à partir du point le plus bas. Les caisses étaient encore stockées à l’arrière, sous le caniveau et sous la trappe où elles étaient disposées en escalier et soutenaient plus haut une petite échelle en planche.
Durant toute la période passée, je me suis efforcé de restreindre mes relations avec le groupe. Ne jamais accompagner quelqu’un dans sa cellule, ne jamais inviter quelqu’un dans la mienne. Plus aucune intimité particulière avec qui que ce soit, sauf avec Driss qui même en retrait, était dans le coup.
Parfois, cela me faisait mal. Un jour, M.T.K. me croisa alors que je me dirigeais vers la cellule toute proche. Nous échangeâmes quelques mots. Notre amitié permettait de croire qu’il ait envie sans raison autre qu’affective d’être avec moi quelque temps dans la cellule et de croire aussi que mon réflexe aurait été celui de l’y inviter. En tout cas c’était ce que je ressentais moi. Mais je restais de marbre comme si l’entretien était terminé. Et en effet il s’en alla après un au revoir très triste.
B.M. me dit un jour : « Hier soir nous étions tous les gars ensemble, et nous avions voulu chercher srifi pour nous amuser un peu ensemble. Nous savions qu’il était avec toi. Mais M.T.K. s’y est opposé catégoriquement. Il nous a dit : « Ce n’est pas la peine d’aller le chercher, il ne vous répondra jamais quand il est en compagnie de Zaâzaâ. Ils sont très amis et ont des moments d’intimité très particuliers et vous ne feriez que leur gâcher celui de ce soir, si vous allez les déranger… »
Chaque fois que nous en parlions entre nous, Mohamed s’enflammait : « Nous devons chercher à savoir ce que manigance A.N. Il a un comportement bizarre. Un peu similaire au nôtre… C’est vrai qu’il a toujours eu une nature particulière. Mais cette fois, c’est trop voyant. Imagine, tu ne peux pas rentrer dans sa cellule, il a carrément bloqué la porte en mettant en travers une table de travail. Tout y passe, cuisine et bureau, selon l’heure. Nous ne devons pas le laisser entreprendre seul quelque chose qui aurait par la suite des répercussions sur notre projet. Si nous n’arrivons pas à savoir ce qu’il essaie de cacher, Je préfère enlever le doute et le mettre au courant et le gagner à notre projet… De toute façon, j’ai confiance en lui… »
Au fonds du tunnel
Pendant la petite pause du mois de janvier, nous décidâmes d’informer nos soutiens de l’extérieur sur l’imminence de notre sortie pour accélérer leurs recherches des moyens dont nous avions besoin. Un ancien camarade de prison, basé alors à l’étranger, nous faisait parvenir qu’il était en mesure de nous assurer la logistique au moment venu.
D’autres canaux nous assuraient que nous serions les bienvenus chez eux.
Nous commençâmes par creuser un petit bout de tunnel de moins d’un mètre de longueur. Pour voir et réfléchir. J’avais tellement peur qu’une fois dépassé le mur, le tunnel s’écroule.
Nous fabriquâmes un modèle de cadre en ciment et fer ronds à l’intérieur. Du béton armé. Le cadre d’une épaisseur de sept centimètres laissait un passage de quarante centimètres en largeur et de soixante en hauteur et sa partie supérieure était cintrée. Une merveille, mais il en fallait plus de deux cents. Le trafic possible en prison ne pouvait nous assurer l’approvisionnement en quantité pour habiller de ciment notre tunnel.
Finalement, après des hésitations, nous entamâmes le creusement. Avec la nouvelle couche de terre dure et surtout les pierres, ce n’était pas facile. Nous n’avions plus les craintes et les contraintes de la phase précédente, mais d’autres. En plus de l’effort musculaire devenu exorbitant, c’était maintenant la crainte d’attirer l’attention par l’écho des coups de massette sur le burin, ceux de la grosse pioche et la peur que tout s’effondre sur l’un d’entre-nous alors que l’autre n’en saurait rien… Et que pourrait-il faire ? L’administration elle-même prévenue ne pourrait certainement pas le dégager vivant.
Alors… Alors des fois, on travaille comme un automate, pendant des heures. Et après une sortie, on recommence comme si en dehors de l’effort, ce n’était qu’un travail comme un autre. Et des fois, on va jusqu'au fond du tunnel et on reste paralysé par l’angoisse. On écoute la terre, son silence s’entend, s’écoute. C’est la peur terrible qui paralyse… Les jours où le bon sens domine, on remonte immédiatement avant d’avoir commencé si on sent que l’esprit n’y est pas.
Un jour, alors que je creusais avec force mais avec l’esprit à l’aise, j’entends tout s’écrouler derrière moi. Mon cœur est effroyablement serré, je cours à genoux. Le tunnel mesurait déjà une dizaine de mètres. Il est très sombre. La baladeuse est restée au fond, et seule une lueur blafarde attirait mes yeux sans que je sois sûr qu’elle provenait de l’éclairage de la cave ou des rayons de la baladeuse que j’avais laissée derrière…
Finalement il ne s’est rien passé de grave. C’était seulement ce qu’en des conditions normales, on aurait appelé un léger bruissement d’un petit sachet en plastique le long d’une pente d’un monticule de terre. Ce bruissement avait été amplifié et guidé vers le fonds du tunnel.
Ce n’était rien. Mais pour moi c’était fichu pour plusieurs jours. C’est le genre d’incident qui vous consomme toute votre énergie en moins d’une seconde.
Un jour, c’est une inondation qui a eu lieu. Heureusement qu’aucun de nous n’était présent. La cave était humide à plus d’un mètre de hauteur. De la terre, ainsi que du matériel avait été renvoyé au fond du tunnel. L’eau était sortie de sous le mur mitoyen de la cellule contiguë à la notre.
Srifi pensait que quelqu’un avait laissé un robinet ouvert et que l’eau s’est infiltrée et qu’il fallait donc nous assurer en permanence que les camarades fermaient bien leurs robinets. Pour moi, il s’agissait d’une poche d’eau -et il y en avait sûrement d’autres- qui pour les mêmes raisons citées par Srifi, s’est constituée depuis bien longtemps et qui venait de se frayer (pour ne pas répéter le verbe constituer) un chemin vers notre cave.
Malgré la nuance des explications, une mesure s’imposait. Nous pénétrâmes dans une vingtaine de cellules, une dizaine de chaque côté de la nôtre et à l’insu de leurs propriétaires, pour verser du ciment mélangé par les trous des chiottes et essayer de bien l’étaler au fond du caniveau en espérant qu’il aura le temps de sécher et donc d’assurer l’étanchéité.
Le champignon
Durant les deux années que durèrent les travaux, il fallait fréquemment condamner la trappe avec du plâtre et maquiller les interstices. Nous craignions d’être surpris par un événement quelconque : une fouille, un transfert ou une libération… Ainsi, à chaque fête, nous prenions congé de notre cave pour une semaine environ. A l’occasion de rumeurs inquiétantes, mais aussi lors d’une tentative d’évasion de deux islamistes qui aboutit à la mort d’un gardien. Cette fois là, notre congé dura plus longtemps jusqu’à ce que nous nous soyons assurés que le comportement général de l’administration ne connaîtra pas de changements.
Quand nous procédions à la réouverture de notre cave, une forte odeur fade nous accueillait dès que nous penchions la tête pour voir et comme toujours dans ces cas-là, un énorme champignon de vingt centimètres de hauteur et d’une dizaine de centimètres de diamètre nous impressionnait par sa nature. Il y en avait d’autres, tous petits, mais en bas, alors que lui accroché au mur, à coté de l’échelle, collait presque à la trappe. Il n’avait rien de végétal. Il était fait de fines gouttelettes d’eau reliées entre elles et soutenues par une structure invisible. Il y avait de quoi s’inquiéter et avoir des idées superstitieuses. Nous l’avons quand même toujours respecté, mais il suffisait de le toucher par mégarde pour qu’un pan entier de lui s’écroule et disparaisse laissant un peu d’humidité sur la partie de notre corps, généralement les jambes, qui l’avaient touché. Au bout de quelques semaines, il disparaissait complètement. Mais à la fin du congé suivant, nous le retrouvions à nouveau majestueux et nous donnant l’impression d’être des intrus.
Le séchoir
Au fur et à mesure que le creusement avançait, le manque d’oxygène se faisait sentir. Mais il avait fallu beaucoup de temps pour comprendre que le manque de performance, l’énorme fatigue et la sensation de manque d’air avaient pour seule raison l’absence d’aération.
Mohamed eut l’idée d’apporter un jour un séchoir de cheveux. Il nous fallait une conduite. Les boites de lait que nous fournissait l’administration firent l’affaire. Il fallait seulement fouiller la poubelle collective, chaque jour, pour récupérer toutes celles jetées par les camarades, les ouvrir complètement des deux cotés et les assembler à l’aide d’une bande large de scotch en morceaux d’un mètre ou plus...
Le séchoir fût installé juste sous la trappe et une gaine en nylon le reliait à la tubulure faite de boites. Une autre gaine assurait un coude. La conduite fixée à la paroi suivait le plafond du tunnel grâce à des crochets enfoncés au marteau dans la terre dure.
Nous nous mîmes à faire marcher notre aération avant de descendre, pendant le travail et aussi après afin d’assurer un maximum le renouvellement de l’air. Maintenant, l’odeur de la cellule devint la même que celle de la cave, mais à près de treize mètres au fond du tunnel, l’air qui soufflait au-dessus de la tête ainsi que le ronronnement du séchoir qui arrivait jusque là, avaient un effet sécurisant qui fait que parfois, on sentait le bonheur d’être en cet endroit.
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